Friend me on FacebookFollow me on TwitterRSS Feed

Légendes et découvertes

To noise or not to noise

Samedi dernier (4 juin) se produisaient les légendaires Wolf Eyes sur la scène de la Sala Rossa. Reconnus depuis près de 20 ans pour son noise puissant, le trio a toutefois pris une nouvelle direction qui plaît certes aux inconditionnels, mais qui m’a laissée dubitative. Sans avoir perdu complètement de leur son bruyant, je n’ai pas retrouvé les « climax » auxquels Wolf Eyes nous avaient habitués, et ils ont livré une performance somme toute sans aspérités. Plus léché, leur son a toutefois gagné en richesse (saxophone, harmonica) et en profondeur, et la voix modifiée évoque par moment Nick Cave et Peter Murphy (à l’époque de Bauhaus). Wolf Eyes auraient-ils renoué avec d’autres légendes du rock goth tels Sisters of Mercy ou Fields of the Nephilim ? C’est du moins ce que j’ai cru entendre en finale.

Précédant Wolf Eyes, No Negative ont donné une saveur punk à cette soirée électro-noise. Vous voulez des adjectifs ? Pesant, sale, clean, old school, puissant… No Negative c’est un psych rock qui maîtrise à la perfection la distorsion, des voix qui flirtent avec Henry Rollins (du temps de Black Flag), des guitares à la The Cramps et un sens de la dérision qui n’est pas sans rappeler les Butthole Surfers. Une solide performance qui a fait ma soirée !

Back in the Wild

Le lendemain, c’était au tour de Willie Trasher et Little Fire de fouler les planches de la Sala Rossa. Ce concert s’inscrivait dans une série de deux soirées dédiées à la l’excellente compilation Native North America, une initiative de Kevin Howes, alias Sipreano, en hommage aux musiciens autochtones actifs sur la scène musicale rock et folk de la fin des années 1960 aux années 1980. Sipreano a choisi de mettre la table en présentant The Balllad of Crowfoot, un court-métrage réalisé par l’auteur-compositeur-interprète mi’kmaq Willie Dunn, décédé en 2013, qu’on peut également entendre sur Native North America. La juxtaposition d’images contemporaines d’archives à la musique originale de Dunn (pièce qui a donné son nom au court-métrage), dont les paroles sont d’une rare force, donne un résultat à la fois émouvant et révoltant.

Suivant cette « mise en bouche », c’est le jeune Aidan Thorne, alias Little Fire, qui a ouvert le volet musical de la soirée. S’accompagnant à la guitare électrique et au bass drum, Little Fire a offert une prestation toute en émotion : à 24 ans, c’était la deuxième fois qu’il ouvrait pour Willie Trasher, la première à 12 ans ! Le jeune musicien à la voix empreinte de fragilité et de profondeur, qui n’est pas sans rappeler Neil Young, a interprété des morceaux très personnels, passant de la mélancolie à l’humour juvénile (il en a écrit quelques-uns alors qu’il était au secondaire), nous offrant un folk-rock avec une touche de grunge (unplugged). Une découverte des plus sympathiques.

Et enfin, Willie Trasher est entré sur scène, accompagné de sa conjointe Linda Saddleback. L’assistance était conquise d’avance, avec raison. J’ai rarement vu une telle générosité sur scène, contrastant avec la totale absence de contact avec le public des prestations de la veille… Formidable conteur, Trasher parle avec une grande humilité de ses souvenirs d’enfance – des plus douloureux (il a passé plusieurs années dans les écoles résidentielles) au plus heureux (les étés à la chasse avec ses parents dans les Territoires du Nord-Ouest, dont la pièce Back in the Wild), rend hommage à ses amis musiciens qui ont passé l’arme à gauche, louange la force de caractère des femmes… Trasher prend un plaisir évident à se produire sur scène et ce plaisir est contagieux. Et à 68 ans, il a une énergie qui ferait pâlir nombre de figures mythiques du rock !

par Marie-Eve Lamy

Posté le juin 11, 2016 Nouvelles