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Myriam Gendron, quand le folk fait du bien

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Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir

Porté par des échos élogieux, l’album de Myriam Gendron connaît un nouveau souffle.

Quand elle chante et joue de la guitare pour elle-même, dans son salon, Myriam Gendron a un peu l’impression de méditer. « Ça me fait juste du bien », résume-t-elle. C’est exactement la sensation qui nous envahit à l’écoute de son premier disque, Not So Deep as a Well, où la Montréalaise chante des poèmes sombres de Dorothy Parker sur une musique folk aussi simple que touchante.

L’album, disponible depuis un an en format numérique et vinyle, est relancé ces jours-ci en format CD dans une version comprenant deux nouveaux morceaux. On replonge avec plaisir dans ces pièces intemporelles aux arrangements épurés — guitare-voix, et puis c’est pas mal ça — et dont la force brute réside dans l’interprétation douce mais puissante de Gendron.

Sur ce Not So Deep as a Well, resté confidentiel malgré des échos élogieux, on entend Cohen, un peu Dylan (surtout dans Recurrence) et le jeu de guitare d’un John Fahey. Gendron nous parle avec passion de Michael Hurley — de qui elle fera la première partie en avril à Montréal, dans le cadre de Suoni Per Il Popolo — évoque Sibylle Baier.

« La musique que j’aime »

Son disque « change de ce qu’on entend aujourd’hui », avoue-t-elle, n’aimant pas trop les disques surproduits, remplis de cordes et de cuivres. « Je ne dis pas que ce que je fais est du même ordre, mais les vieux enregistrements de bluesmen, les field recordings, ça, c’est de la musique que j’aime. »

Si vous n’avez pas encore entendu parler d’elle, c’est en partie parce qu’elle a un peu coupé court à la promotion et aux spectacles après avoir accouché, mais surtout parce qu’elle n’a que faire des projecteurs. Libraire de métier, elle cultive une discrétion qui, d’une certaine façon, la rassure. « Moi, ce que j’aime c’est la musique, c’est pas les flaflas, les paillettes, les confettis. » Même sur sa pochette, on la voit sur une photo mystérieuse, granuleuse, prise dans le désert de Californie. Là et pas là à la fois, Gendron.

Les textes de ce disque sont signés Dorothy Parker, poète, scénariste et critique américaine ayant oeuvré essentiellement entre 1920 et 1940. Son nom apparaît d’ailleurs au même titre que celui de la chanteuse sur la pochette du disque. « Ça se ressent moins dans sa poésie que dans les autres formes auxquelles elle a touché, mais il y a toujours de petites pointes d’humour à travers son désespoir complet. C’est l’fun, parce que ça pourrait devenir pathétique très rapidement, ses poèmes d’échecs amoureux. C’est très triste, très désespéré, mais elle rattrape ça avec une pointe d’esprit et ça sauve le truc, je trouve. »

 En fermant les yeux

Sans dire que Myriam Gendron n’a pas d’ambition, la musicienne n’a pas envie d’être connue, préférant rester dans une scène underground. Ce qui est difficile à faire au Québec, dit-elle, mais qui serait possible à une échelle américaine, voire internationale. Elle a même reçu des échos en provenance du Japon et de la Finlande, c’est dire.

Gendron sera, ce mercredi soir, sur la scène de la Casa del Popolo, à Montréal, et à Québec le 21 mars, au Cercle, en première partie de Mark Bérubé. À court terme, elle-même envisage une tournée dans de petites villes de la Nouvelle-Angleterre. « La scène, j’aime ça, mais je trouve ça difficile, je trouve ça stressant. Je suis dans ma bulle, je ne suis pas uneentertainer, je ne fais pas de blagues entre les “ tounes ”. Je joue de la musique, je ferme les yeux. » Elle ferme les yeux ? « Encore, c’est comme une forme de méditation, mais devant public ! » Quand elle dit que ce qu’elle aime, c’est la musique…

Article tiré du journal Le devoir du 4 mars 2015  de Philippe Papineau

Posté le mars 4, 2015 Blogue, Nouvelles