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Beau week-end de freejazz!

La fin de semaine dernière, nous avons eu droit à des concerts fort stimulants, bien que passablement exigeants : samedi, un jeune projet italien à sa première visite à Montréal et le lendemain, une super-soirée spéciale concoctée par un pionnier de la scène actuelle montréalaise.

Échanges d’impressions

À la Casa del popolo, le 11 juin, le tandem italien Jooklo duo nous a livré une courte mais intense prestation d’improvisation principalement basée sur la batterie, la clarinette et un…piano, clavier, petit orgue???

Marie-Ève, ça ressemblait à quoi?

Le duo, qui a vu le jour en 2004, nous a livré une performance que l’on pourrait sans hésiter qualifier d’énergique. Le jeu de batterie de David Vazan est inventif, à l’évidence inspiré du free jazz, mais en plus nerveux et lourd. Quant à Virginia Genta, qu’on peut habituellement voir au sax ténor, elle s’en est donné à coeur joie avec sa clarinette stridente et tonitruante, offrant tout de même quelques lignes plus mélodieuses, quasi arabisantes. Jooklo duo c’est comme du noise, mais sans les pitons !

Il y avait aussi quelques petits objets percussifs qui donnaient une ambiance psychédélique-prog rappelant les envolées enfumées du Pink Floyd du tournant des années 70 ou les délires du collectif américain No-Neck blues band.

Donc, cinq parties, dont les deux principales constituaient en un échange puissant entre le batteur et la clarinettiste.

Marie-Ève, qu’est-ce t’as pensé de la dynamique entre les deux musiciens?

On ne peut pas dire que leur complicité transparaît sur scène, par des regards par exemple, mais on la sent clairement dans leur musique, particulièrement dans les ambiances qu’ils réussissent à créer. Dans l’une des pièces (ou était-ce une transition ?), où Vazan y est allé d’un jeu de batterie tout en douceur et en retenue, et où Genta a manipulé diverses clochettes et tambourines, on se serait cru parmi un troupeau de chèvres quelque part en Afghanistan. Cette complicité, forgée pendant plus de dix ans de collaboration, est sans doute ce qui fait la force de Jooklo duo, et ça fait plaisir à voir !

Faut dire que la barre était haute après la performance explosive (et je pèse mes mots!) du quatuor montréalais Mendham dirigé par le déchaîné Joshua Zubot au violon, accompagné de Jason Sharp au saxophone, Nicolas Caloia à la contrebasse et de Isaiah Ceccarelli aux drums.

Marie-Ève, qu’est-ce que t’as pensé de cette prestation? Est-ce que la rumeur que c’était leur dernier concert a eu un effet?

Oh que oui ! La salle était avide de les entendre et la joyeuse bande était littéralement en feu. Il faut dire que Medham, c’est un peu un all-star band de la scène jazz montréalaise. Le plaisir que ces musiciens ont à jouer ensemble saute aux yeux, ce qui rend l’expérience live d’autant plus magistrale. Les pièces, rapides et intenses, se sont enchaînées les unes après les autres, nous laissant à bout de souffle à la fin du concert. Dommage que c’était leur dernier, mais comme tous les membres font partie d’une multitude d’autres projets, on pourra se consoler de les voir fouler les planches avec d’autres comparses.

Il faut préciser que les quatre virtuoses, malgré cette intensité scénique, lisaient les partitions écrites par Zubot! Les comparaisons avec l’approche de John Zorn nous viennent rapidement en tête.

Marie-Ève, comment peux-tu décrire la diversité de styles que Zubot et ses amis nous ont servi?

La première pièce frappait fort ! Difficile à décrire, mais c’était comme une énorme engueulade où tout le monde crie plus fort que les autres pour se faire entendre. Un joyeux foutoir ! À plusieurs moment, on pouvait percevoir des relents de Zorn avec ses projet Naked City et Massada. D’autres pièces étaient plus jazzy, avec quelques envolées se rapprochant du swing. Mais tout au long de la performance, une constance : une certaine urgence et une précision de jeu à faire peur. 

Plus calmement, Philippe Lauzier, saxophoniste et clarinettiste, a ouvert la soirée en solo en nous présentant différentes expérimentations.

Marie-Ève, comment peux-tu décrire les techniques utilisées par l’improvisateur?

Difficile de ne pas comparer Lauzier à Colin Stetson… Même insistance sur le souffle, même respiration circulaire, même jeu de clés, même habileté à créer des ambiances, des textures. Par contre, Lauzier est plus doux, plus posé que Stetson. Du sax moins sportif, à la fois cérébral et émotif. Voir Lauzier a quelque chose de l’expérience d’hypnose.

Mathieu Francoeur et Marie-Ève Lamy

Crédit photo: Pierre Langlois

Jooklo

Derome par Derome

À la Sala Rossa, le 12 juin, nous avions droit à un événement exceptionnel : Jean Derome clôturait l’année qui lui était consacrée par Distributions Ambiances magnétiques Etcetera (DAME) avec une soirée d’improvisation au cours de laquelle il performait avec quatre ensembles différents!

Suoni oblige, pas question ce soir-là de composition, d’interprétation de standard jazz ou d’harmonie mélodique. Le saxophoniste, flûtiste et bruitiste (manipulateur d’une multitude d’objets) montréalais a débuté tout en sons hétéroclites et stridents avec le duo Nous perçons les oreilles (!) en compagnie de sa complice de longue date Joane Hétu (voix, saxophones).

Ensuite, un soupçon de jazz en trio avec Nicolas Caloia à la contrebasse et Isaiah Ceccarelli à la batterie. Une bonne dose de 30 minutes de free agrémentée de solos bien sentis. Derome nous a fait sourire en nous le présentant comme son «trio italien».

Les vétérans de la scène actuelle montréalaise Malcolm Goldstein (violon) et Rainer Wiens (guitare) ont à leur tour rejoint l’hôte de la soirée pour nous livrer une courte leçon d’improvisation minimaliste mais bien rendue.

Le clou de la soirée était une rencontre au sommet entre notre homme et le power trio Klaxon Gueule  (Bernard Falaise à la guitare, Michel F. Côté à la batterie et Alexandre St-Onge à la basse et aux électroniques). Le son qui a jaillit du choc entre les quatre musiciens était à la fois groovy, rock, jazz et progressif…avec une forte touche de distorsion et de sons électroniques triturés, bien évidemment! Intense, mais trop court!

En ce dimanche soir d’automne, nous avons assisté à une proposition rare : un musicien expérimenté et multiforme nous a généreusement présenté un échantillon (quand même de deux heures!) de son talent et de ses nombreux projets…et ce, sans filet!

Malheureusement, peu de gens se sont déplacés pour y assister…

Mathieu Francoeur

Crédit photo: Pierre Langlois

Derome

Posté le juin 16, 2016 Nouvelles